Soleil Rouge-FRAC Auvergne-Issoire 2004

« l’éclaireur en morceau »
Collection de l’artiste
Jean-Louis Aroldo mène une pratique picturale où entrent en collision des éléments indifféremment empruntés à l’histoire de l’art, au cinéma, au genre documentaire ou à l’actualité. Ce mixage des genres trouve sa manifestation première dans les assemblages de peintures présentées sous la forme de polyptyques dont les agencements sur un ou plusieurs murs sont la résultante d’une recherche d’équilibre visuel et de la volonté de générer chez le spectateur une tentation de réunir l’ensemble des peintures dans une logique de narration. Sur ce dernier point, les dispositions choisies par Jean-Louis Aroldo révèlent une démarche largement empreinte des techniques de montage cinématographique où la manière d’associer les images entre elles importe beaucoup.

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Cette oeuvre, constituée de 14 peintures, a été réalisée spécifiquement pour l’exposition Soleil Rouge. Les tableaux se répartissent dans une salle complète de dimensions modestes afin de renforcer l’impression de densité et d’intrication des oeuvres entre elles souhaitée par Jean-Louis Aroldo.
Le découpage ainsi obtenu donne à voir les images suivantes :
- un largage de parachutes depuis un avion vu en vision nocturne, point de vue flou évoquant la clandestinité propre aux débarquements armés s’effectuant derrière les lignes ennemies, le « chacun pour soi » des hommes en chute libre et l’observation infrarouge, patiente, muette, annonçant l’imminence de la réplique du camp adverse.
- un marabout, charognard impitoyable, prédateur solitaire muni de sabots sous les pattes pour se mouvoir dans la vase fangeuse des marécages, animal d’une rare patience, comparable à la tique attendant inlassablement le passage du bovin sous sa branche d’arbre.
- le portrait de Quasimodo, tel qu’il est joué par Charles Laughton (futur réalisateur de La Nuit du Chasseur) en 1935 dans le film de William Dieterle, évoquant la clandestinité et l’esseulement de l’être monstrueux et convoquant les figures bien connues elles aussi de la Bête, de Frankenstein ou de Elephant Man.
- un masque à gaz militaire, protection étouffante et claustrophobe contre la mort.

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- une explosion très graphique inspirée d’un largage de napalm photographié durant la guerre du Viêt-Nam.
- une vue aérienne de Mayence, en Allemagne, bombardée pendant la deuxième Guerre Mondiale.
- un largage de bombes depuis les ailes d’un avion, évoquant les deux peintures citées précédemment, évoquant la pseudo théorie de la frappe chirurgicale, évoquant aussi la solitude du pilote en de pareilles circonstances.
- une image inspirée du film Le Voyeur réalisé par Michael Powell en 1960 et dont le thème central est la scoptophilie (le besoin morbide de regarder la peur d’autrui) d’un homme poussé par le besoin irrépressible de tuer et de filmer l’effroi de ses victimes au moment de leur mise à mort.
- un agrégat de micros que l’on devine être ceux d’une conférence de presse, éveillant l’idée paradoxale que, dans de telles situations, tous les médias reçoivent une information strictement identique mais ne la traitent pas ensuite de la même manière, dévoilant ainsi toute la subjectivité de la chose.
- une vue zoomée sur l’un des bracelets de fixation d’une table d’exécution par injection létale aux Etats-Unis.
- trois peintures abstraites, que l’on peut considérer comme éléments d’articulation de l’ensemble, comme ponctuation au montage général des peintures. L’une d’entre elles est un compromis entre une abstraction pure et une nature morte voilée, traitée dans un rose fané et suranné. La seconde est également un compromis entre abstraction et représentation de motifs sphériques (La chair de poule ? La peau répugnante du marabout ?). La troisième, assurément plus abstraite, génère tout de même, par la présence des graduations sur le côté gauche, l’idée de zoom sur une seringue (L’injection létale ?) ou l’idée plus générale de mesure.
Ces trois dernières peintures doivent réellement être perçues comme ponctuation et le trouble qu’elles véhiculent est celui de la série dans sa totalité : de quel point de vue se place-t-on, de quoi est-il question, les images sont-elles sincères ?

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